Steno

Steno est né Stefano Vanzina, à Rome, en 1917. Après une enfance sans histoire, il se dirige vers une carrière de notable. Mais le jeune homme décide finalement de prendre à contre-pied ces promesses d’avenir brillant, et s’engage au Centro Sperimentale di Cinematografia. Il a alors 22 ans, des idées et de l’humour. Il participe un temps au journal satirique Marc’Aurelio, dessine de petites bandes dessinées, et écrit tout en apprenant ce qu’il faut savoir du cinéma. C’est à cette époque qu’il adopte le pseudonyme Steno, qu’il utilise pour signer ses caricatures dans la revue humoristique Tribuna Illustrata.
Il vend ses premiers scripts juste avant guerre, d’abord Eravamo Sette Vedove puis Imputato Alzatevi !, pour lequel il n’est pas crédité suite à quelques modifications demandées par le producteur. Ce film marque le début de la collaboration entre Steno et l’acteur Erminio Macario, équivalent italien de Charlie Chaplin au comique surréaliste et candide. C’est le réalisateur Mario Mattoli qui lui ouvre vraiment les portes du cinéma, en l’engageant régulièrement comme scénariste puis assistant réalisateur, avant de lui laisser les clefs pour Toto cerca casa en 1949 (sur lequel il est coréalisateur avec Mario Monicelli, situation qui se reproduira pour quelques métrages, jusqu’à Toto a colori). À partir de là, Steno va tourner régulièrement, parfois 4 films par ans, devenant un des artisans les plus confirmés que compte Cinecittà.
C’est au début des années 50 que commence la collaboration de Steno et de Lucio Fulci. Ce dernier est en effet engagé comme assistant réalisateur sur une dizaine de films du réalisateur, entre 1952 et 1957. Il collabore aussi aux dialogues de comédies telles que Totot all’inferno (1953) ou Un Américain à Rome (1954). C’est donc au contact de ce maître de la comédie que Fulci apprend les ficelles du métier : tourner vite et demander un extrême professionnalisme aux acteurs. C’est sans doute là la source d’un malentendu concernant Fulci : si l’on a souvent dit qu’il détestait les acteurs, il est aussi probable qu’il ait appris, au contact de Steno, à leur demander une précision et une efficacité dans la performance qui a pu surprendre ses collaborateurs. Si la mise en scène fonctionnelle de Steno a peu à voir avec celle de Lucio Fulci, l’origine des plans séquences combinant le travelling et le zoom pour couvrir la totalité d’une action vient peut-être aussi de ces tournages rapides où l’on compte la pellicule en mètre dépensé et la réussite artistique en diminution du temps de tournage. Les parodies de films de genre et les comédies sexy, sous-genre qu’affectionne Steno, seront ainsi des terrains de prédilection pour le jeune Lucio Fulci qui tournera des réussites comme 002 Operazione Luna (1965) ou La Pretora(1976). On oublie d’ailleurs souvent que, s’il se lance à la fin des années 60 à l’assaut du western et du giallo, Fulci ne délaisse pas totalement la comédie et y reviendra à de multiples reprises durant sa carrière, jusqu’au synthétique Nightmare Concert en 1990 qui revient sur son métier de réalisateur de bandes horrifiques sur un ton humoristique. L’influence de Steno sur l’art de Lucio Fulci est donc loin d’être négligeable, comme se plait à le répéter Fulci en interview, qualifiant Steno à plusieurs reprises de « Mentor ».
Tandis que Fulci devient un grand du giallo avec Perversion Story puis Le Venin de la Peur, Steno pose les bases du polliziottesco, film policier urbain et réaliste, avec La Polizia Ringrazia(1972), qu’il écrit et réalise. Il dirige ensuite Bud Spencer dans la série de films policiers des Piedone (littéralement : pied-plat) qui prenne le pouls de façon humoristique de la violente société italienne des années 70. Il finit sa carrière en 1987 avec Animali Metropolani, dans lequel le rôle principal est offert à Donal Pleasence, un pamphlet acerbe sur l’hédonisme capitalisme des années 80. Les salles ne se remplissent pas, le film est rapidement retiré de la circulation. Steno meurt quelques mois plus tard, le 13 Mars 1988 à Rome.
Filmographie sélective (réalisateur)
Toto a colori (1952)
Les Aventures et les Amours de Casanova (1955)
Les Week-ends de Néron (1956)
Les Temps sont durs pour les vampires (1959)
Copacabana Palace (1962)
Dorellik (1967)
Comment entrer dans la mafia ? (1971)
La Polizia Ringrazia(1972)
Un Flic Hors-la-loi (1973)
Piedone a Hong Kong (1975)
Animali Metropolani (1987